Challenges & solutions

Quels sont concrètement les vrais challenges de la vie de tous les jours à Mzingazi, et comment procède LYD pour aider ses jeunes habitants?

Les problèmes de Mzingazi

La pauvreté

Le taux de chômage en Afrique du Sud est de 30%. Mzingazi est bien au-delà : les jobs sont rares et se trouvent généralement en ville, et il faut payer les transports. La plupart ne peuvent pas se le permettre.

Statistiquement, la population de Mzingazi possède moins d’un franc par jour et par personne. Il existe un système de rentes : le gouvernement fournit 30 francs par mois pour chaque enfant ou personne âgée. La plupart des habitants vivent financièrement de cela.

De la pauvreté résulte :

La volonté de quitter l’école. Pas d’argent, pas de transport, peu de nourriture. Pourquoi continuer à marcher deux heures par jour le ventre vide pour se retrouver dans une classe bruyante où il est impossible de se concentrer ? Les salles de classes sont souvent bondées ( environ 100 élèves pour 1 professeur). Très peu trouvent un travail, étant donné que la plupart des travaux se trouvent en ville et qu’il faut justement payer le transport…

Après avoir quitté l’école… on trouve un mari, pour les filles en tout cas, car il est difficile de s’en sortir financièrement autrement. Souvent, les jeunes filles sont même encouragées par leur famille à le faire; en effet, le système de dot (lobola) accordée à la famille de la femme garantit aussi nu revenu financier.  Bon nombre de jeunes femmes se marient et deviennent dépendantes de l’aide financière de leur conjoint.  Ces femmes sont en général très soumises vu leur dépendance financière à un mari, et celui-ci peut tout se permettre : combien d’enfants sont battus, violés, abusés en général, sans que la mère ne puisse rien faire par soucis financier de survie… sans l’homme, c’est difficile, voire impossible.

Les hommes tombent souvent dans la drogue et l’alcoolisme. Ce commerce fluctue à Mzingazi, on trouve une taverne presque à chaque coin de rue.

La prostitution est une tentative de sortir de la pauvreté. Cela pose beaucoup de problèmes :

  1. La plupart des filles qui se prostituent sont très jeunes et les hommes qui « consomment » souvent âgés
  2. Les hommes refusent généralement de mettre un préservatif, donc prolifération des maladies sexuellement transmissibles

Le sida à Mzingazi et les causes de sa propagation

L’Afrique du Sud est le pays contenant statistiquement le plus de séropositifs au monde (plus de 10% de la population), et Mzingazi n’est pas du tout en reste.  Il est difficile de reconnaître la maladie, elle n’est pas forcément visible sur la personne. Les causes de la propagation de la maladie sont les suivantes :

  • Prévention presque inexistante. Les parents ne parlent pas de sexe et de maladies à leurs enfants ; d’ailleurs, quand Mary Mlambo tient des sessions portant sur ces sujets, ceux-ci disent qu’elle fait du satanisme.
  • La banalité de l’acte sexuel: les enfants dorment dans la même chambre que les parents, et sont témoins de leur « commerce » dès leur plus jeune âge : il se disent que c’est quelque chose de normal et commencent à le faire très tôt. L’acte sexuel étant banalisé, les jeunes prennent moins ou pas de tout de précautions, ainsi ont une plus grande propension à attraper des infections sexuellement transmissibles. De plus, les moyens de contraception sont encore vus par beaucoup comme des produits issus de la sorcellerie qu’il est malsain d’utiliser.

Ces choses-là sont considérées comme normales à Mzingazi. Les parents font très peu de prévention. Lungelo aide en fournissant des conseils, de la prévention, des informations, et en présentant des alternatives à ces problèmes : Mary Mlambo s’entretient en détail avec beaucoup de gens du village ; de son expérience, les personnes s’ouvrent facilement au dialogue, ce qui, selon elle, dénote d’un clair besoin de se confier.

Problèmes des enfants

  • Malnutrition : Les enfants sont principalement nourris de puthu, une bouillie de maïs. Parfois des légumes, très peu de viande, rarement des fruits.
  • Négligence sanitaire :
    • on trouve souvent des enfants qui n’ont pas été lavés depuis plusieurs jours, voire même plusieurs semaines, surtout durant les vacances. Les parents disent au projet « occupez-vous-en. »
    • Parfois les parents ne changent même pas leur bambin quand il rentre de la crèche, on le retrouve avec le même pampers que la veille. Le moins drôle, c’est lorsque le bambin garde un linge en guise de couche pour toute la nuit. Pas confortable pour le gamin, et pas agréable à changer non plus…
    • Il arrive que la cheffe de projet ou les volontaires doivent amener d’eux-mêmes un enfant malade à l’hôpital.
    • Des cas de maladies très graves ont été identifiés, et souvent les parents s’en fichent. Ils sous-estiment complètement le degré de maladie de leur progéniture. Exemple : Un asticot vivant a été extorqué de la jambe de Nana, 2 ans. Réaction de la mère : « Ah, je l’avais vu, mais elle pleurait pas donc je me suis dit que ça allait. »
      Ou encore Bayanda, 2 ans, très mal en point (infection quelconque, très haute fièvre), dont la mère n’avait pas grand souci, a été amené au docteur et s’est vu administré de 6 antibiotiques différents. Etc.

Violence et relations sexuelles

  • Les membres de la famille dorment tous dans la même pièce. Lorsque les enfants voient leurs parents faire l’amour, cela leur semble normal et le répètent après tout naturellement. Par exemple, deux enfants de 10 ans ont été surpris en train d’avoir une relation sexuelle. Tout le monde a ri et personne n’était vraiment choqué.
  • Les parents ou autres membres de l’entourage peuvent être abusifs sexuellement, et les enfants n’ont pas les moyens de se défendre. Les raisons sont les suivantes :
    • Énormément de familles sont reconstituées. Lorsque la mère a un copain et que celui-ci vit avec elle, il s’occupe lui aussi du ménage et doit subvenir au besoin de ses beaux-enfants. Il arrive souvent que ce beau-père fasse pression sur la famille : « si tu veux des livres pour l’école, viens ce soir près de moi », ou autres exemples divers.
    • La mère dans ces cas là ne dit rien, puisqu’elle est dépendante de lui financièrement. Elle exhorte souvent son enfant abusé à se taire.
    • Elle a peur de la police; car si elle le dénonce, les proches et la famille de l’abuseur peuvent mettre sa vie en danger.
    • La cheffe de projet, ou une quelque autre personne ne peut pas se rendre directement à la police car elle ne fait pas partie de la famille de la victime. Elle doit d’abord passer par les services sociaux et ceux-ci utilisent des procédures très longues qui, en général, n’aboutissent à rien.

Les infrastructures scolaires sont insuffisantes

Les écoles sont peu nombreuses et trop pleines. La plupart des jeunes marchent une heure ou plus pour s’y rendre, les classes sont surchargées (de 50 à 100 élèves par classe pour un professeur, jusqu’à 4 élèves se partagent un bureau initialement prévu pour une personne) et le niveau statistique des écoles de la région est des plus bas de l’Afrique du Sud : un élève passe son année avec 30% de réussite.

Les causes de ce niveau catastrophique sont les suivantes :

  • la plupart des professeurs sont sous-qualifiés
  • la distance à parcourir de la maison à l’école, la plupart du temps avec le ventre vide, et le nombre surélevé de personnes dans la classe sont des facteurs qui troublent grandement l’attention des jeunes en classe
  • les jeunes ne sont pas encouragés à étudier en dehors des cours: en effet, quand la nuit tombe (à 17h00 en hiver et 19h00 en été), étudier demande de la lumière, et la lumière demande de l’électricité, qui est chère à se procurer ; les parents estiment qu’on fait meilleur usage de l’électricité pour la cuisine. De plus, les enfants arrivés de l’école sont responsables du ménage, de laver le linge et de faire la cuisine pour toute la famille. Cela prend du temps et de l’énergie et on a plus beaucoup de temps pour les devoirs.
  • Les filles ne sont pas du tout encouragées à étudier.
    Non seulement elles sont souvent seules responsable du ménage et de la cuisine, mais en plus le système de dot, « lobola » en zulu, est toujours d’actualité : cela signifie que les filles sont encouragées à se marier rapidement pour que leur famille reçoive de l’argent de la part de celle de l’homme.
  • Il n’y a aucun soutien de l’élève au niveau individuel.
    En effet les élèves sont si nombreux qu’on a tout simplement pas le temps de s’en occuper un par un. Si tu suis, tu as une chance de réussir, et si tu ne suis pas ou que tu as de la peine, tant pis pour toi, on avance.
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Bayanda, 2 ans, à côté du ver de 15cm qu’il vient de dégurgiter. Sa mère n’a pas réagi.

eye infection + global infection. mother didnt care. brought to the hospital, heavy medication.

Bayanda encore, gravement malade, emmené par LYD au médecin. S’en est remis grâce à 6 boîtes d’antibiotiques.

 

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Akwande, 5 ans. LYD a encouragé sa mère à s’occuper du pied de sa fille.

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Boutons indéfinissables qu’arborent presque tous les enfants

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Nana, 2 ans. La petite dont un asticot a été retiré de la jambe gauche.

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Ndumiso, 4 ans, orphelin, erre le soir seul dans les rues et fouillait des bennes pour trouver de la nourriture.

Les solutions apportées par LYD

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  • on encourage les jeunes à réussir leur scolarité grâce à :
    • une petite bibliothèque qu’on trouve nulle part ailleurs à Mzingazi
    • un endroit calme où les jeunes peuvent faire leurs devoirs sans dérangement
    • une aide aux devoirs : les volontaires sont à leur service
    • des cours spéciaux : cours d’anglais par exemple.
  • On leur propose des passe-temps « sains ». Les jeunes désoeuvrés prennent le risque de tomber dans la drogue, la prostitution, l’alcoolisme,  etc. Lungelo possède bon nombre de jeux et passe-temps utiles et pédagogiques :
    • Les jeunes forment un groupe de gospel. Ils sont sponsorisés parfois par une église de la région et font des représentations, non seulement à l’église mais aussi en d’autres occasions, comme l’accueil des bateaux étrangers de croisières ou des concours interrégionaux. Ils s’entraînent les jours de la semaine pour les représentations du week-end.
    • Les groupes « boys to men » (de garçons à hommes) et « girls to women » (de filles à femmes). Filles et garçons sont séparés et organisent des sessions de discussion, parfois avec un invité spécial qui parle de son expérience et donne des conseils, ou alors profitent simplement de rester entre personnes du même genre et de s’amuser.
    • Un club de lecture: les jeunes disposent d’une bibliothèque et une des volontaires dirige la session une fois par semaine. Les enfants, qui sont très peu encouragés à lire, apprécient moyennement ces sessions.
    • Il y a possibilité de faire des jeux ensemble : jeux de société, de balle, etc, tout cela avec des objets auxquels ils n’ont pas accès en-dehors du projet.
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Marche des jeunes du projet : par rapport à la drogue, à l’alcool et à la grossesse précoce. LYD est contre cela et compte sensibiliser les gens du village.

  • LYD est leur deuxième famille. Les jeunes se voient quotidiennement. Combien de jeunes témoignent qu’ils ont trouvés leurs premiers vrais amis à LYD. Ils trouvent des gens qui les soutiennent, avec qui ils peuvent partager des jeux et des discussions. Mary Mlambo, la fondatrice du projet est appelée « Mama Mary». Elle est à disposition et à l’écoute des enfants. Tous la considèrent comme leur seconde mère, certains comme la seule.
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    Slindile, membre du groupe des jeunes, avec Mama Mary

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Avec les filles lors d’une sortie à la plage. 

  • De bonnes bases scolaires sont posées et on porte beaucoup d’attention et d’affection aux petits de la crèche, qui en manquent pas mal. La plupart des enfants n’ont pas l’habitude d’être traités affectueusement et apprécient grandement les sourires, les jeux, les câlins.

LYD, de manière générale, propose une nouvelle façon de voir le monde. Les jeunes découvrent qu’ils ont des droits en tant qu’enfants, notamment d’être aimés, éduqués, soignés, nourris, et qu’il existe des alternatives. 

Nous mettons l’accent sur le fait que cette situation ne représente PAS la totalité de l’Afrique du Sud, mais est une description de Mzingazi, que ses propres habitants décrivent comme „un village malade“. Ces descriptions sont issues de situations décrites par les habitants de Mzingazi lors d’entretiens avec Mary Mlambo, et d’observations faites par Mary, les habitants et Joëlle Hischier (volontaire suisse sur place), à Lungelo et dans le village.